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Une croissance lente

dimanche 17 avril 2016

« Pourquoi me faut-il encore traverser tout ça ? »
Je suis membre OA depuis deux ans et je partageais mes impressions avec une amie OA.
« Pourquoi cela fait-il si mal ? Pourquoi cela demande-t-il tant de temps ? »
Sa réponse, une que je devais entendre fréquemment, était simple : « Une croissance lente est une bonne croissance »

Je n’aimais pas entendre ces mots, ni alors ni dans les années à venir. J’étais en colère, impatiente et pleine de doutes.

Aujourd’hui, sept années plus tard, je suis reconnaissante d’avoir appris la vérité de cette philosophie. Pour moi, une croissance lente est une bonne croissance.
Une autre affirmation - « C’est le moment » - ne cesse également de me venir à l’esprit dans ma nouvelle vie. Avant d’adhérer au programme, je vivais dans une totale dépendance vis-à-vis de la nourriture et des autres. J’étais désespérément malheureuse mais j’ignorais ce qui n’allait pas.

Comme un soir, j’étais en train de regarder [en mangeant bien sûr] une émission télé où des membres OA étaient interviewés, j’ai constaté que je ne pensais pas à ces OA comme étant des êtres étranges, parce que je savais que j’avais la même maladie. Et je savais pertinemment qu’OA était l’endroit où j’avais ma place.
Je suis arrivée à la Fraternité en quête d’approbation et d’acceptation. Je fréquentais les réunions, je lisais, je partageais et je faisais tout ce qui était suggéré, à l’exception d’être totalement honnête et de m’abstenir. Ce n’était toujours pas le moment. Je devais commencer par apprendre à m’accepter moi-même.

J’ai continué à venir et finalement, deux années plus tard, je suis devenue abstinente. Mais il manquait quelque chose. Je commençais à perdre du poids dans mon corps mais pas dans ma tête. Mon apparence était bonne et mon ego le savait. Je parlais le langage des Étapes et de ma Puissance Supérieure à tous ceux qui voulaient écouter mais au plus profond de moi, je n’arrivais toujours pas à croire.

Mais c’était OK. Une croissance lente est une bonne croissance. Par moments je me comparais aux autres et je me demandais pourquoi ils progressaient tellement plus vite et pourquoi ils semblaient avoir tout cela en même temps. Je n’étais pas encore prête à voir que je devais d’abord m’accepter moi-même afin de trouver mon programme à moi - ce qui marche pour moi - et à être honnête. Ce n’était pas le moment. Alors j’ai continué à aller en réunion, à écouter et à partager.

Tout comme un nouveau venu chez OA, je continuais à entendre que l’abstinence vient en premier lieu. Je ne dois cependant désormais plus attendre d’être abstinente pour travailler les étapes. Les étapes sont mon mode de vie. Sans elles tout ce que je fais n’est qu’exister. Si je n’avais pas commencé à travailler les étapes, je n’aurais pas reçu le cadeau de l’abstinence. Par la grâce de ma Puissance Supérieure, ça fait plus de quatre ans –un jour à la fois—que j’ai laissé derrière moi l’enfer de la compulsion alimentaire.

Mon abstinence aujourd’hui est différente. Pour moi, l’abstinence, c’est tout simplement, ne pas manger compulsivement et remercier ma Puissance Supérieure pour les aliments que je choisis de manger. Quand l’obsession revient, comme elle le fait de temps en temps, je sais que je dois me tourner vers ma Puissance Supérieure qui me guidera et me révèlera des choses quand mon moment de les voir sera arrivé.

Mon chien est mort récemment. Ce petit animal bien-aimé était âgé de treize ou quatorze ans ; ainsi c’était son moment mais sa perte me chagrine toujours et j’ai pleuré les larmes de mon corps. En partageant ce sentiment au téléphone avec une amie OA proche, je me suis soudain rappelé que lorsque ma grand-mère est décédée il y a des années, je n’avais jamais pleuré. Après mon adhésion au programme j’avais questionné ma Puissance Supérieure à ce sujet. J’aimais profondément ma grand-mère. Pourquoi m’avait-il été impossible de pleurer ? À ce moment-là les gens disaient : ‘’ Vas-y, pleure. Tu te sentiras mieux.’’ Je me rappelle que j’essayais de pleurer mais que ça ne marchait pas. Ensuite ils me disaient : ‘’ Tu sais, la réaction es quelquefois tardive. Quand tu seras remise du choc et que tu sentiras le manque, tu seras capable de pleurer ‘’. Je n’ai jamais pu et depuis sept années la question restait sans réponse. Ce n’était pas le moment pour moi de le savoir.

Alors mon chien est mort et j’ai pleuré, et la réponse m’a été révélée C’était tellement simple, tellement clair : Au moment du décès de ma grand-mère, je repoussais mes sentiments dans la nourriture et je ne me permettais pas de ressentir ni le bon ni le mauvais.

Chaque fois que je deviens découragée par ma lente croissance, je m’arrête et je me fais la réflexion que je suis reconnaissante d’avoir découvert le programme en douze étapes et que ma croissance se passe au temps de ma Puissance Supérieure, pas au mien. Une croissance lente est une bonne croissance.

Lifeline, mars 1981
Traduction libre : Anne P. Belgique

Lien SPIP de cet article : http://outremangeurs.fr/?article112

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