Accueil > Français > Lifeline > Quand tout le reste a échoué !

Il y a quatre ans, quand je suis arrivée chez les Outremangeurs Anonymes, j’avais le sentiment que je me trouvais au milieu d’un labyrinthe incroyablement déroutant. Un nombre de couloirs attrayants m’appelaient, tous prometteurs de me mener à la sérénité que je recherchais.

Je commençais à me ruer à travers les corridors qui semblaient les plus encourageants, ouvrant les portes qui paraissaient les plus attirantes. J’allais d’un chemin ensoleillé à un autre mais tout ce que je trouvais au bout de chaque piste, n’était que vide, frustration et culpabilité.

D’abord j’ai essayé la porte avec l’inscription « Sérénité Grasse ». Je me suis concentrée exclusivement sur mon rétablissement émotionnel ignorant complètement mon besoin de changer physiquement. Pourquoi -me suis-je demandé- la compulsion me hante-t-elle encore toujours ?

Je me suis alors approchée de la porte avec l’écriteau « Rétablissement Spirituel », je l’ai ouverte d’un coup sec et j’ai risqué un œil. Effrayée par l’obscurité silencieuse et écrasée par la peur de l’inconnu, j’ai aussitôt re-claqué la porte derrière moi et j’ai pris la fuite à la recherche d’une autre avenue.

Ensuite j’ai poussé la porte « Discipline Rigide ». Ici, tout ce qui comptait, c’était le physique. Une perte de poids était promise et assurée, avec en plus un corps attirant et des vêtements « classe » ; tout m’incitait à continuer sur ce chemin plus facile, plus doux. Et cela a marché pendant un moment –comme le font pareilles choses—mais très vite j’ai commencé à ressentir plus de culpabilité, plus de peur, plus de ressentiment. L’horrible compulsion ne faisait que grandir, elle me tiraillait, me tuait, même malgré que je sois mince.

« Est-ce donc tout ce qu’il y a ici ? » me suis-je écrié.

Il ne restait qu’une seule porte --- celle qui s’ouvrait sur l’obscurité, la peur, l’inconnu. Je n’avais plus le choix à présent. Il n’y avait plus d’autres chemins plus faciles, plus doux. Je les avais tous essayés.
Prise de peur, seule et en larmes, je me suis faufilée à tâtons, habitée par une foi infaillible.
« Dieu devrait m’aider s’il y a un Dieu » : c’était mon défi.

Tout à coup l’obscurité se dissipa. Le soleil se mit à briller magnifiquement et une atmosphère de paix m’entourait.

« Où étais-tu ? » , ai-je demandé.

« J’étais là tout le temps » me vint la réponse. « Mais tu avais peur de jeter un coup d’œil. »

Le Gros Livre fait cette promesse : « Quand la maladie spirituelle est surmontée, nous mettons de l’ordre mentalement et physiquement ». J’avais finalement abdiqué, j’avais ouvert la porte du rétablissement spirituel et j’avais trouvé la paix.

Pourquoi ai-je donc laissé cette porte de côté jusqu’à maintenant ? Pourquoi n’ai-je pas cru au Gros Livre bien avant ? Pourquoi ai-je essayé toutes ces choses plus faciles, plus douces en premier ?

Parce que je n’étais pas encore assez désespérée, j’imagine. C’est seulement quand je me suis risquée à franchir le pas de la porte auquel j’avais résisté le plus fortement que j’ai trouvé ce que j’avais cherché si frénétiquement partout ailleurs.

Lifeline, novembre 1980
Traduction libre : Anne P. Belgique

Lien SPIP de cet article : http://outremangeurs.fr/?article109

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