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La compulsion alimentaire est progressive. Quand j’étais enfant, je ne mangeais pas seulement au-delà de ma faim mais aussi pour mériter l’approbation et l’amour de mes parents, me montrant comme étant une « bonne mangeuse « qui vidait consciencieusement son assiette avec soumission. Mais après quelques années, la quantité de nourriture qui était suffisante pour d’autres, ne l’était plus pour moi.

J’avais envie de plus même si je me sentais remplie et je me souviens que je mangeais jusqu’à ce que mon estomac soit douloureusement gonflé mais avec un certain regret de ne pouvoir dévorer encore davantage de nourriture.

Durant certaines années, j’avais le choix d’outremanger ou de ne pas outremanger et je me suis mise à suivre des régimes pour un tas de raisons différentes. Mais progressivement il m’était de plus en plus difficile de me tenir à un régime ; à chaque fois je regagnais plus rapidement le poids perdu et je devenais plus grosse qu’avant. Quand mon besoin irrésistible de manger s’intensifia encore, je me suis rendu compte que je n’y arriverais pas et j’ai commencé à m’inscrire à des programmes de contrôle de poids. Au départ ça marchait et je me pesais du matin au soir. Mais jamais je n’ai atteint mon but et mon besoin irrésistible de nourriture –d’abord des montagnes d’aliments « autorisés » et par après tout ce qui me tombait sous la main— est devenu plus fort encore et j’ai quitté ces programmes, un à un avec la honte d’y retourner.

Le manque d’équilibre émotionnel dans la compulsion alimentaire est également progressif. Quand j’étais enfant, je voulais plaire aux autres et je voulais qu’on me fasse des éloges. J’aurais fait tout ce que n’importe qui me demandait et l’attention qu’on me portait me suffisait. Mais tout comme le besoin irrésistible de nourriture allait en grandissant, il en était de même du besoin d’attention. Tout au long de mon parcours, j’ai appris comment attirer l’attention même pour mes défaites. Pas étonnant que j’aille manger outre mesure : j’avais eu deux mariages malheureux, j’étais fatiguée tout le temps : je n’aurais souhaité cela à personne !

Au niveau spirituel je devenais encore plus malade au fur et à mesure que la maladie progressait. J’avais grandi dans une famille à l’esprit ouvert qui était grandement impliquée dans les activités de la paroisse. Je suis devenue une agnostique rancunière, guidée par la culpabilité et blâmant Dieu d’avoir omis de m’empêcher de faire les choses qui me rendaient coupables. Je retournais ma conception de la morale dans tous les sens jusqu’à ce que j’aie la conviction que tout ce que je faisais était automatiquement juste et j’étouffais la sensation grandissante de culpabilité et de frustration avec des tonnes de nourriture.

Alors OA est arrivé à Smalltown, cet endroit retiré où j’habite et je me découvre, par la grâce de ma Puissance Supérieure, une outremangeuse compulsive attitrée, comblée de gratitude pour la toute nouvelle vie que j’ai. Une fois encore j’ai reçu le pouvoir de choisir de prendre la première bouchée, gratifiée d’une sérénité qui m’avait échappée toute ma vie. Le corps mince et en bonne santé, plus légère d’une cinquantaine de kilos : ce n’est qu’un des bénéfices du fait de vivre selon le programme. J’étais spirituellement en faillite et à présent j’ai au moins un petit « compte d’épargne » qui me permet de traverser certains mauvais jours.

J’étais obsédée par la nourriture et par mon énorme ego et la Fraternité des Outremangeurs Anonymes m’a délivrée de la terrible solitude et m’a donné la capacité d’aimer et d’être aimée et aussi de m’oublier moi-même en étant bonne pour les autres. J’étais sans espoir et remplie de rancune, aux mains du destin et j’ai reçu en cadeau cette merveilleuse impression de paix qui ne peut venir que du fait de croire en une Puissance plus grande que moi-même qui est en charge de tout et qu’en fin de parcours tout sera bien parce que cette Force est un maître aimant.

En fin de compte, le puits sans fond de besoins a été rempli de joies et transformé en un pipeline à travers lequel ce message qui sauve les vies peut s’écouler vers d’autres gens en détresse. J’avais l’habitude de sentir qu’il me fallait saisir chaque bonne chose que je voulais et elle m’échapperait probablement ! Maintenant j’ai l’impression que plus je donne, plus je reçois et mon univers est rempli de personnes merveilleuses. J’espère que, par la grâce de Dieu, je ne serai jamais assez stupide et que je ne deviendrai jamais assez malade que pour échanger toutes ces bonnes choses contre la fausse promesse de la compulsion alimentaire.

Lifeline : mars/avril 1976

Traduction libre : Anne P. Belgique

Lien SPIP de cet article : http://outremangeurs.fr/?article102

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