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L’Abstinence ou la Mort

jeudi 12 mai 2016

Deux mots me viennent à l’esprit quand je pense à ce que représente pour moi l’abstinence : la raison et l’estime de soi. Je ne peux dissocier les deux mots ni accorder plus d’importance à l’un ou à l’autre. Les nouveaux membres peuvent se voir déconcertés par les insinuations concernant le mot ‘raison’. « Mais je ne suis pas fou/folle, je suis juste en surpoids » pourraient-ils/elles se dire.
Telle était ma réaction au début quand j’entendais parler de ‘nous rendre la raison’ Peut-être que certains d’entre vous peuvent s’identifier à ce qui suit : ne jamais outremanger en présence de mangeurs normaux et ensuite rentrer chez nous et dévorer tout ce qui nous tombe sous la main.

Que dire aussi des méthodes ingénieuses utilisées pour aller en quête de n’importe quelle nourriture ensorcelante ! Par exemple, faire en sorte de trouver des magasins différents afin de ne pas être reconnue et concocter des histoires en arrivant à la caisse pour justifier les grandes quantités de cochonneries achetées à des heures bizarres.

J’en suis persuadée, nous avons tous nos jeux personnels que nous pouvons ajouter à ceux décrits précédemment. Aucun d’entre eux n’est rationnel ni sensé. Je suis reconnaissante de ne plus vivre désormais dans la peur que mes habitudes étranges ne soient dévoilées. Avec la raison, je peux choisir d’outremanger ou de ne pas outremanger.

La folie de manger en cachette ---la culpabilité, l’angoisse et la peur ont détruit mon estime de moi. Je trouvais que j’étais pire que n’importe quel autre être humain, mes habitudes aussi étaient les pires et j’étais la plus obèse. Si je croisais quelqu’un de plus gros que moi, soit ma taille était pire que la sienne soit cette personne était bien mieux que moi au niveau mental et émotionnel. C’était une subtile forme d’égotisme dirigé et limité seulement à des aspects négatifs. Tout tournait autour de ‘mon ego’.

Malgré le fait que j’étais toujours très volontaire et boute-en-train et que je semblais être heureuse, [rire et jouer la comédie sont des méthodes rusées de défense personnelle] j’avais toujours une attitude cassante. Mes idées paraissaient valables mais elles différaient de celles des autres, j’avais tort évidemment, pas seulement tort mais de plus, j’étais bizarre. Ceci se traduisait dans les moindres détails : « Elle nettoie sa maison différemment et plus fréquemment que moi. Elle semble avoir raison, moi je dois avoir tort »

Je me torturais au sujet de ces différences, je cachais ma peine aux autres et surtout à moi-même, non seulement en consommant des cochonneries presque sans arrêt mais aussi en allant à la recherche et en détectant les imperfections et les défauts chez ceux qui m’entouraient. Je pouvais alors me dire : « moi au moins, je ne fais pas ça ! »

L’abstinence signifie que je reçois le cadeau de la raison et de l’estime de moi. Je prononce prudemment le mot ‘cadeau’ ; l’abstinence m’offre seulement l’opportunité de travailler à recouvrer la raison et l’estime de moi car de vielles habitudes se déracinent difficilement.

L’abstinence m’a donné une nouvelle vie --- ce ‘’ quelque chose ‘’ qui était juste hors de portée. Sans l’abstinence, je ne peux même pas commencer à m’extirper de l’obscurité d’une période de ma vie passée dans la maladie progressive et destructrice de la compulsion alimentaire. Je suis enfin libre de continuer sur le chemin que j’ai quitté il y a des années : ce chemin qui mène à une vie remplie d’apprentissage, de croissance et de changement. Je suis libre de choisir l’abstinence ou la mort. J’en suis arrivée là. Mais l’abstinence est le chemin plus facile, plus doux.

[Lifeline, mai 2003]
Traduction libre : Anne P. Belgique

Lien SPIP de cet article : http://outremangeurs.fr/?article147

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