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Je pense à toi

vendredi 10 juin 2016

La nourriture hantait tout mon être.
Je me sentais battue, brisée, sans force, j’étais en pleurs chaque matin, j’arpentais mon living chaque soir sans savoir comment arrêter. Avant d’aller dormir, je me faisais des promesses que je comptais bien tenir mais le lendemain je n’y arrivais pas.

Je traversais une période infernale de cures d’amaigrissement, d’abus d’alcool, de prises de laxatifs et de calmants, d’hypnose, d’acupuncture et en plus je me faisais vomir. Impossible de briser ce rythme de manger puis de me faire vomir. Un soir, j’étais devenue toute bleue à cause de nourriture restée calée dans ma gorge.

Quand je suis arrivée chez OA il y a six ans, j’étais nerveuse et tellement anxieuse qu’à ma première réunion je n’ai entendu qu’une seule chose : « Combien y en a-t-il ici qui ont le désir d’arrêter de manger compulsivement ? » Sur-le-champ je savais que je n’étais pas ce quelqu’un de capricieux incapable de quitter la table ou de ne manger que la moitié de son assiette. Mon problème avait un nom : la compulsion alimentaire.

J’ai demandé si quelqu’un voulait être ma marraine et une femme super répondit qu’elle voulait bien si j’étais d’accord. J’ai jeté un coup d’œil discret sur elle et je me disais en moi-même : ‘’Bah ! Elle n’est pas si mince mais elle a perdu 22 kilos depuis son arrivée chez OA et elle en perd encore.’’

Je lui ai téléphoné le jour suivant et cette femme formidable m’a dit quatre mots : ’’Je penserai à toi’’ C’était la première fois en quarante ans que je sentais que quelqu’un se souciait de moi !

Je l’ai appelée matin, midi et soir. Je l’ai appelée quand je voyais quelqu’un manger une crème glacée car voilà : quand je vois, je veux et je prends. Au cours de la journée, je l’appelais et je l’appelais encore avant d’aller dormir. Et à chaque fois que je l’appelais, ma marraine me répétait :’’Il ne faut pas que tu manges’’

J’ai renoncé à la fois au sucre, à la farine, à l’alcool et aux pilules. J’ai aussi –un jour à la fois- arrêté d’outremanger. À chaque fois que je pensais à manger, je récitais le Notre Père et croyez-moi ça marchait, je n’avais que cette solution.

Le soir j’étais installée dans ma baignoire en sirotant un soda et en fumant quelques cigarettes pour me tenir éloignée de ma cuisine [1].

Après la première semaine, je savais que quelque chose s’était passé en moi. Jamais dans ma vie il ne m’était arrivé de ne pas manger compulsivement pendant une semaine. Même quand je prenais des pilules pour maigrir, j’outremangeais quand même.

Aujourd’hui je suis convaincue que mon Dieu m’épaulait avec amour, qu’il m’a montré le chemin vers OA et m’a guidée à chaque instant. Enfin je grandis et j’apprends comment vivre. Cela n’a pas été facile mais la grâce de Dieu est toujours là, à portée de main. Une aide instantanée est disponible si je garde un esprit ouvert et que j’accepte les cadeaux de ma Puissance Supérieure.

Le simple fait de faire confiance, d’avoir la foi et d’être patiente m’a donné la plus belle liberté que j’aie jamais connue ---la liberté de rire, de pleurer et d’aimer ; La liberté de vivre, la liberté d’être moi-même. Quel bonheur !

[Lifeline, septembre 1981]
Traduction libre : Anne P. Belgique

Lien SPIP de cet article : http://outremangeurs.fr/?article54

Notes

[1Depuis lors, ma dépendance à la cigarette m’a aussi été enlevée, en travaillant le programme et par la grâce de Dieu.

(|non)]